Cet article est une libre traduction, effectuée avec l'autorisation de l'auteur, de "The Emotional Rise of Cosmic Horror", de Mary Beth McAndrews, paru sur le site Bloody Disgusting.

L'expression "horreur cosmique" évoque des images de bêtes tentaculaires massives qui défient tous les aspects de la compréhension humaine. Les monstres créés par l'auteur H. P. Lovecraft, tels que Cthulhu, Dagon et Shub-Niggurath, poussent ceux qui les voient dans la folie, rendus fous par leur incompréhension pure. Leur taille massive, leurs nombreux membres, leurs innombrables globes oculaires et leurs formes contre nature ne font qu'amplifier leur nature horrible, faisant réaliser aux humains leur insignifiance dans l'univers. C'est un genre qui permet de spéculer et de s'interroger sur ce que signifie « être humain », surtout face à ces monstres. Lovecraft a défini son propre genre d'écriture comme « la prémisse fondamentale que les lois, les intérêts et les émotions humains communs n'ont aucune validité ou signification dans le vaste cosmos en général ». Il continue en disant qu'au fur et à mesure que ces histoires « franchissent la ligne vers l'inconnu sans limites et hideux - l'Ombre hantée de l'Extérieur - nous devons nous rappeler de laisser notre humanité et notre terrestrialisme sur le seuil ». Mais même avec Lovecraft, cela laisse une grande marge d'interprétation, en particulier dans le monde des films d'horreur.

Event Horizon

Event Horizon (affiche)

Les précédentes itérations de l'horreur cosmique cinématographique reposent fortement sur le gore et le monstrueux, créant un spectacle autour de la destruction du corps humain par des créatures ou des êtres d'un autre monde. Prenons l'exemple du film de Paul W.S. Anderson de 1997, Event Horizon (Event Horizon, Le Vaisseau de l'Au-delà). Peut-être pas le film le mieux fait, mais c'est un brillant exemple de certains aspects de l'horreur cosmique, surtout parce qu'il se déroule sur un vaisseau spatial qui ouvre un portail littéral vers une autre dimension (qui finit par être l'enfer). Lorsque le portail est ouvert et que le Dr William Weir (Sam Neill) regarde à l'intérieur, il s'arrache littéralement les yeux, incapable de supporter la vue de cette vérité inter-dimensionnelle. D'autres exemples de l'horreur cosmique Lovecraftienne incluent "In the Mouth of Madness" (L'Antre de la Folie, 1994), "The Thing" (La Chose, 1952, 1982, 2011), "The Void" (2016), et "The Mist" (Brume, 2007).

Cependant, il semble y avoir un virage récent dans le genre. Pour les besoins de cette étude, j'examinerai l'inclusion d'êtres extraterrestres inter-dimensionnels qui jettent les humains dans le chaos et leur ouvrent donc des possibilités en eux-mêmes pour naviguer dans leurs émotions et relations. Lovecraft a peut-être dit que les émotions humaines n'ont pas leur place dans le grand tableau cosmique, mais des films d'horreur récents ont inversé ce modèle pour que leurs récits soient davantage axés sur le sens des émotions humaines plutôt que pour les rendre invalides.

Des films récents comme Starfish (2019) et The Endless (2017) se sont penchés sur cet aspect émotionnel pour créer des films qui utilisent l'horreur comme toile de fond aux réflexions sur le chagrin, l'amour et le fait d'être humain. Ils ont adopté ces figures de style pour créer une nouvelle sorte d'horreur cosmique plus contemplative, moins gore et plus émotionnelle que celle d'être confronté à un inconnu enragé. Bien sûr, il y a des monstres, mais ce sont des véhicules pour la contemplation intérieure plutôt que pour le spectacle d'un corps abject.

Starfish

Le film d'A.T. White de 2019, Starfish, est un excellent exemple de ce changement dans l'horreur cosmique. Le film est centré sur Aubrey (Virginia Gardner), qui pleure la mort récente de son meilleur ami. Dans une tentative de guérison, elle se dirige vers l'appartement de son ami pour fouiller dans ses affaires et se délecter de ses souvenirs. Elle trouve une cassette intitulée "Cette Compilation Sauvera le Monde". Sans le savoir, elle déclenche un signal mystérieux qui ouvre une dimension inconnue qui laisse entrer une variété de monstres dans notre monde. Elle doit donc maintenant rassembler le reste des cassettes pour fermer ce portail inter-dimensionnel et sauver l'humanité.

Mais même si des créatures étranges de différentes tailles courent et rampent, Starfish n'est pas qu'une question de consommation d'humains, mais plutôt une histoire plus suggestive d'une femme qui essaie de se rapprocher de son ami mort. Tout au long du film, des espaces de transition sont créés par les étranges signaux radio. Alors qu'elle joue des chansons avec le signal qu'ils contiennent, elle est transportée vers un autre lieu, une autre dimension. Ces moments de transport, bien qu'incompréhensibles, sont utilisés pour accéder à une partie plus profonde de ses émotions, que ce soit l'amour pour son ami ou la honte d'une relation passée. Ce n'est qu'à travers ces espaces qu'elle peut commencer à comprendre ses actions passées et essayer de les déchiffrer. Comme son ami est très lié à ces événements, cela lui permet aussi de se rapprocher de lui. Cet événement cosmique permet à leur amitié de se poursuivre et même de se développer alors qu'elle navigue dans la ville enneigée pour trouver chacune de ces cassettes.

©2018 We Are Tessellate, 3Roundburst Productions, Spellbound Entertainment

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The Endless

Il y a aussi le film de Justin Benson et Aaron Moorhead de 2017, The Endless. Benson et Moorhead ne sont pas étrangers à ce thème car leur film précédent, Spring, est déjà à la rencontre entre une histoire d'amour et un film d'horreur cosmique. Cependant, The Endless adopte une approche différente du genre, optant pour la contemplation de la fraternité face à une entité étrangère inconnue plutôt que pour la romance et l'horreur corporelle. Benson et Moorhead incarnent deux frères, Justin et Aaron respectivement, qui tentent de mener une vie normale après avoir échappé au culte de la mort d'un OVNI au sein d'une secte. Essayant de rassembler continuellement les morceaux de leur vie post-sectaire, leur relation est tendue, et les mystères alimentent un schisme entre eux. Ce n'est qu'en retournant dans l'enceinte de leur enfance qu'ils peuvent comprendre leur passé et, d'une façon ou d'une autre, commencer à réparer leur vie.

Encore une fois, comme dans le cas de Starfish, l'être étranger et inter-dimensionnel est tangentiel à une histoire plus vaste sur la famille et la réconciliation des traumatismes passés. Alors que Justin et Aaron se promènent dans le ranch aride de leur secte, saluant de vieux amis, ils sont également capables de reconnaître les tensions dans leur relation. Sans l'existence potentielle (et finalement confirmée) d'une vie extraterrestre plus grande, ces deux frères ne seraient pas en mesure de guérir et de comprendre les actions de l'autre. C'est le seul endroit où Justin peut confesser qu'il a révélé publiquement l'existence du ranch et qu'il a dit quelques mensonges pour protéger son frère. Et ce n'est qu'avec cette confession qu'Aaron peut comprendre les intentions de Justin et ce qu'il ferait pour protéger son frère. C'est par la concrétisation de l'existence d'une autre forme de vie qu'Aaron peut réaliser que la réconciliation est possible. Parfois, un être extraterrestre géant peut être une porte d'entrée vers la connexion, et pas seulement une voie vers la destruction.

©2017 Snowfort Pictures, Pfaff & Pfaff Productions, Love & Death Productions (LDP), Rustic Films

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Ces deux films ouvrent des possibilités et des moyens de comprendre nos propres émotions, en particulier le deuil, que ce soit celui d'un ami ou d'une vie jamais vécue. Le deuil a toujours été répandu dans les films d'horreur, le genre se jouant des nombreuses facettes et des aspects terrifiants de ce que cela signifie d'être aux prises avec le deuil. Il est donc logique d'incorporer la douleur dans l'horreur cosmique, en inversant sa structure typique en quelque chose de plus "humano-centré" que "créature-centré". L'inexplicable plonge les personnages dans le chaos et la confusion, mais leur permet aussi d'élargir leur esprit et d'avoir une vision émotionnelle plus large.

Il ne s'agit plus seulement de leur propre petite vision d'un monde isolé : il y a quelque chose de plus grand à portée de main qui les pousse à se réévaluer et à essayer de comprendre leur propre réalité.